Le droit de ne pas finir un livre

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Qui n’a jamais abandonné la lecture d’un roman ? Qui ne s’est jamais découragé et laissé tomber un livre de ses mains ?

L’écrivain Daniel Pennac, dans ses « Droits du lecteur », nous explique que c’est tout à fait acceptable de ne pas finir un livre s’il ne nous plaît pas. D’ailleurs, selon lui, il n’existe pas moins de 36000 raisons de ne pas finir un livre : un style qui nous déplaît, une histoire qui ne nous retient pas, un sentiment de déjà-lu, et j’en passe ! 

Je suis au courant de ce droit fondamental du lecteur depuis plusieurs années maintenant, et pourtant, je ne peux m’empêcher de ressentir de la culpabilité chaque fois que je commence à me dire : « oh, celui-là je n’ai pas envie de le continuer ! ». C’est ridicule me direz-vous, mais s’il existe plein de raisons d’abandonner une lecture, il en existe autant d’autres qui vous retiennent de fermer le livre, de le ranger et d’en prendre un autre :

Je l’ai acheté, je devrais au moins le finir ! La couverture était si jolie ! Le résumé donnait pourtant envie ! Untel l’a lu et l’a adoré, alors pourquoi pas moi ? L’auteur s’est quand même donné du mal pour l’écrire ce livre… C’est un classique, il FAUT l’avoir lu ! C’est un Zola quand même… Pour une fois que je changeais un peu de registre…. Et s’il devenait intéressant dans quelques pages ? 

Si je vous parle de cela, c’est parce que, récemment, j’ai vécu cette expérience une fois de plus.  J’avais repéré un livre dans une magnifique librairie à Belle-Île, dont la couverture me donnait vraiment envie. En lisant la quatrième de couverture, il ne m’a que plus séduit. Je l’ai donc acheté et emporté chez moi. Je l’ai ressorti de ma bibliothèque il y a quelques jours, et en ai commencé la lecture. Pour une fois, l’intrigue ne se passait pas en Angleterre, mais à Beyrouth, au Liban, je sortais donc de mes sentiers battus pour découvrir d’autres contrées. Malheureusement, ce fut très vite une déception. Le style et la construction m’ont fortement déplu, et je n’ai pas tenu plus de cent pages. Avant de le laisser tomber définitivement, j’ai hésité plusieurs fois en me disant que je devais lui donner sa chance, mais l’ennui et l’envie de lire un autre livre ont eu raison de moi, et je n’ai pas continué. Je suis même allée jusqu’à regarder des critiques de lecteur sur Internet, pour voir si j’étais la seule à ne pas l’aimer. La culpabilité va parfois beaucoup trop loin chez moi, comme vous pouvez le constater ! Evidemment, certains avaient adoré, et d’autres avaient été déçus. Il y avait même un homme qui avouait en avoir abandonné la lecture. Donc, non, cela ne faisait pas de moi un monstre d’égoïsme et de paresse que de ne pas vouloir persévérer. Si je n’aime pas ce livre, d’autres à ma place le liront, l’aimeront, et l’auteur recevra tout de même sa part de mérite.

Ma plus grande frustration restera de n’avoir pas réussi à finir Les Hauts de Hurlevents d’Emily Brontë. Pourquoi est-ce je n’arrive pas à finir ce roman ? Il a pourtant tout pour me plaire : une histoire d’amour tragique, une belle écriture, et pour couronner le tout, il se passe dans la lande anglaise ! C’est normalement le cocktail parfait pour me passionner. Mais non, je l’ai commencé deux fois, et ce fut la même déception à chacune de mes tentatives. Et pour tout vous avouer, j’étais davantage déçue de moi-même, que du roman ! Mais c’est plus fort que moi, ce livre m’ennuie ! Ai-je à en rougir ? Certainement pas. Peut-être que je le reprendrais dans 15 ou 20 ans et qu’il finira par me plaire. Nous sommes parfois trop jeunes, ou dans une période de notre vie qui n’est pas propice à la lecture de certains livres. Mais que les amoureux de la littérature anglaise ne s’inquiètent pas, je n’en ai pas fini avec les soeurs Brontë. Je n’ai pas encore lu Jane Eyre, et je compte bien lui donner sa chance !

Je souhaitais partager ce sentiment avec vous car je ne pense pas être la seule à ressentir cela. Pourquoi nous culpabiliser ? Pourquoi nous poser toutes ces questions ? La lecture doit d’abord être un plaisir, et si certains livres ne captent pas notre attention plus de quelques pages, il vaut mieux abandonner et en commencer un autre, sinon c’est à se dégoûter de la lecture. Et ce serait terrible, n’est-ce pas ? D’ailleurs, lorsqu’on a envie d’abandonner un livre, il y en a toujours un autre dans le coin de notre bibliothèque qui se rappelle à nous, l’air de dire : « Laisse tomber ce livre ennuyeux et lis moi à la place, tu ne trouves pas que j’ai l’air beaucoup plus passionnant ? ». Et parfois, je pense qu’il vaut mieux l’écouter !

Et vous, quels sont les livres qui vous tombent des mains malgré vous ?

Mademoiselle T.

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5 réflexions sur “Le droit de ne pas finir un livre

  1. Merci beaucoup pour ce billet sur ce thème bien connu de tous les amoureux des livres !

    En ce qui me concerne, le livre de Pennac que tu cites m’avais beaucoupé marqué et m’avait aidé à me débarasser du sentiment culpabilité que tu décris.

    Une autre idée consolatoire pour moi est celle de me dire que même des romanciers ont du mal à lire certains classiques ! La Grane librairie dans sa dernière émission de la saison 2017 avait posé la question à des romanciers et les réponses étaient très amusantes !

    Par exemple ici Philippe Delerm et Ulysse de Joyce
    https://www.france.tv/france-5/la-grande-librairie/saison-9/160675-ulysse-ce-n-est-pas-pour-philippe-delerm.html

    Et Cécile Coulon et le portrait de Dorian Gray d’Oscar Wilde

    (Elle dit d’ailleurs qu’on ne devrait pas dire « il faut que tu lises ça c’est génial » mais plutot « j’ai adoré »).

    Et en ce qui me concerne je n’ai jamais pu terminer L’Etranger d’Albert Camus…

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  2. Ha ha, je ris parce que ça m’est arrivé récemment. J’avais envie de laisser tomber « La Librairie de l’Ile » de Gabrielle Zevin parce qu’il m’ennuyait un peu, mais j’avais une impression d’inachevé, ça m’embêtait de laisser l’histoire en suspens. Et puis, je me suis dit aussi que c’était du gaspillage d’acheter un livre et de ne pas le finir ! Alors, j’ai continué et j’ai bien fait parce que figurez-vous que j’ai aimé la suite !

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  3. Heureusement que nous avons tout à fait le droit de ne pas finir un livre qui vous ennuie, il y a en tellement à lire, n’ayons donc aucun complexe de ne pas aimer un livre, même si l’auteur fait parti des « auteurs qu’il faut avoir lu dans sa vie ». Comme la musique, toutes les oreilles n’aiment pas la même mélodie, le même musicien. Et puis de toute façon, il ne s’agit pas de droit, mais de passion.
    Bonne lecture !

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